Ces années passées à l’accompagner dans son sevrage, ce que je redoutais le plus, c’était le téléphone qui sonne.

Voici le récit d'une compagne : son mari buvait depuis longtemps, passant de plus d'un demi-kilo par jour à l'essai de diverses méthodes, pour finalement choisir l'implant de naltrexone chlorhydrate. L'article relate ses inquiétudes, sa fatigue et ses limites durant ce parcours d'accompagnement, ainsi que ses sentiments sincères après avoir entrevu l'espoir.

Ces années passées à l’accompagner dans son sevrage, ce que je redoutais le plus, c’était le téléphone qui sonne.

Ceci est un récit d'expérience ayant fait l'objet d'une dé-identification, d'une évaluation des risques et d'un travail de mise en forme ; le texte ne conserve aucune information permettant d'identifier l'auteur, sa région ou tout détail reconnaissable.

Le plus dur, c'est de ne jamais savoir quand ça va arriver

Sa consommation d'alcool m'a paru anormale dès le début. Ce n'était pas un verre de temps en temps lors d'un repas d'affaires, mais une consommation quotidienne, avec des quantités qui ne cessaient d'augmenter. Au début, c'était quelques verres au dîner, puis il s'est mis à boire aussi à midi, et enfin, la première chose qu'il faisait le matin, c'était chercher de l'alcool. J'ai calculé qu'il pouvait boire plus de 500 grammes de baijiu par jour, parfois davantage.

Le plus dur, ce n'est pas son état d'ivresse, c'est que je ne sais jamais quand ça va arriver. Parfois, il sortait en disant qu'il allait faire des courses, et il rentrait imbibé d'alcool ; parfois, je me réveillais au milieu de la nuit et il n'était plus dans le lit, la lumière de la cuisine était allumée, et il fixait la bouteille d'alcool, perdu dans ses pensées. J'ai essayé de cacher l'alcool, mais il le retrouvait toujours ; j'ai essayé de me disputer avec lui, il promettait d'arrêter, mais quelques jours plus tard, il retombait dans ses vieilles habitudes.

J'ai peu à peu appris à observer son état. S'il commençait à s'énerver, à avoir des tremblements dans les mains, à souffrir d'insomnie, je savais qu'il avait de nouveau envie de boire. Cette sensation d'angoisse permanente, c'est comme une corde tendue en permanence dans mon cœur, sans savoir quand elle va se rompre.

J'ai essayé tout ce que je pouvais imaginer

Ces dernières années, j'ai essayé à peu près tout ce qui me passait par la tête. D'abord, j'ai cherché des informations en ligne, consulté diverses méthodes pour arrêter de boire, puis je l'ai emmené consulter au centre de santé communautaire. Le médecin a recommandé un suivi psychologique, nous y sommes allés plusieurs fois, mais les résultats n'étaient pas probants. Nous avons aussi essayé un traitement médicamenteux, par voie orale, mais il oubliait toujours de le prendre, ou bien il arrêtait parce que c'était trop contraignant.

Le moment le plus dévastateur pour moi, c'est quand il a arrêté de prendre son traitement en cachette, en me mentant et en prétendant qu'il le suivait toujours. Jusqu'au jour où il s'est effondré, ivre, à l'entrée de la résidence, et que des voisins ont aidé à le ramener à la maison. C'est là que j'ai compris qu'il n'avait jamais tenu bon. Cette nuit-là, j'ai pleuré longtemps, non pas de colère, mais d'un sentiment d'impuissance totale. J'en suis même venue à me demander si je n'étais pas en cause, si je n'en faisais pas assez pour qu'il arrive à se passer d'alcool.

Par la suite, j'ai pris conscience que ce n'était ni sa faute, ni la mienne, mais que la dépendance à l'alcool est en soi une condition qui nécessite une prise en charge professionnelle. J'ai commencé à ajuster mon état d'esprit, à ne plus tout porter sur mes épaules. Je me suis dit : ce que je peux faire, c'est le soutenir, mais le changement exige sa propre volonté, ainsi qu'une aide professionnelle.

Le choix de l'implant, nous y avons réfléchi longuement

L'année dernière, un ami a mentionné l'implant de naltrexone. Il m'a dit que c'était un médicament implanté sous la peau, à libération prolongée, qui aide à réduire l'envie d'alcool. Ma première réaction a été le scepticisme, je trouvais que cela ressemblait à une technologie de pointe pas très fiable. Mais mon ami a dit qu'une personne de sa connaissance l'avait utilisé avec de bons résultats, et il nous a suggéré de nous renseigner.

Nous avons passé beaucoup de temps à faire des recherches. J'ai appris que la naltrexone est un antagoniste des récepteurs opioïdes, qui bloque le plaisir procuré par l'alcool et réduit l'envie de boire. L'implant en est une forme à libération prolongée, inséré sous la peau, qui diffuse le médicament pendant plus de 150 jours, évitant ainsi la contrainte d'une prise quotidienne. Des données d'essais cliniques publiquement disponibles montrent qu'il réduit significativement le nombre de jours de forte consommation et la quantité d'alcool ingérée. Mais certaines études indiquent aussi que les effets varient selon les individus et sont liés à la génétique.

Au début, il était très réticent, trouvant effrayant l'idée d'introduire un corps étranger dans son organisme. Je l'ai accompagné à plusieurs entretiens avec le médecin, qui a expliqué en détail le principe : l'intervention se fait sous anesthésie locale, une petite incision dans l'abdomen, le médicament est placé dans la couche de graisse sous-cutanée, l'ensemble est rapide et la récupération post-opératoire est simple. Le médecin nous a aussi clairement dit que ce n'était pas une solution définitive, et qu'il fallait l'associer à un suivi psychologique et à des ajustements du mode de vie.

Nous avons longuement pesé le pour et le contre. Ce que je craignais, ce n'était pas l'efficacité, mais qu'en cas d'échec, il soit encore plus découragé. Mais il a dit qu'il voulait tenter une nouvelle fois. Finalement, nous avons décidé d'accepter ce protocole.

Les changements après l'implant, plus lents que je ne l'imaginais, mais bien réels

Après l'intervention, il est rentré à la maison pour se reposer. Les premiers jours, aucun changement notable ; il parlait encore de vouloir boire, mais moins souvent. Une semaine plus tard, il a commencé à dire spontanément : « Je n'ai plus tellement envie de boire, finalement. » J'ai remarqué qu'il ne devenait plus agité à heures fixes comme avant. Un jour, pendant un repas, une bouteille d'alcool offerte par quelqu'un était posée sur la table ; il l'a regardée et a dit : « Laisse-la là, maintenant je la vois comme de l'eau claire. »

Mais ce processus n'a pas été sans embûches. Pendant quelques jours, il a eu le moral très bas, disant que la vie n'avait plus d'intérêt. Je savais que cela faisait partie du syndrome de sevrage : l'alcool ayant affecté durablement le système de récompense du cerveau, celui-ci a besoin de temps pour se réadapter après l'arrêt brutal. Je l'accompagnais en promenade, je discutais avec lui, je l'encourageais à trouver d'autres occupations. Il a peu à peu repris d'anciens loisirs, comme réparer de vieux meubles ou lire.

Aujourd'hui, plusieurs mois ont passé depuis la pose de l'implant. Il ne pense plus à l'alcool tous les jours, et il n'a plus eu de comportements de consommation incontrôlés comme avant. Mais il dit lui-même que cela ne signifie pas une guérison complète, seulement une période de répit. Nous apprenons tous les deux à vivre avec ce changement, et nous savons que des défis nous attendent peut-être encore.

Les limites de l'accompagnement : j'ai appris à prendre soin de moi d'abord

Ces dernières années, le plus grand changement chez moi, c'est d'avoir appris à poser des limites. Avant, je passais des nuits blanches, je m'angoissais à cause de sa consommation, au point que mon travail en pâtissait. Puis j'ai compris que si je m'effondrais moi-même, je ne pourrais plus l'aider du tout. J'ai commencé à voir mes amis régulièrement, à préserver mon cercle social, et j'ai repris le sport. Je me suis dit : son sevrage, c'est son combat ; mon accompagnement, c'est mon choix, mais je ne peux pas sacrifier ma vie pour autant.

J'ai aussi appris à ne plus assumer toutes les conséquences à sa place. Avant, quand il était ivre, je nettoyais, je posais des congés, j'expliquais la situation à la famille. Maintenant, je lui dis : « Si tu décides de boire, tu dois en assumer toi-même les conséquences. » Ce n'est pas de l'indifférence, c'est lui faire prendre conscience que c'est son choix.

Notre relation a également changé. Avant, l'alcool était le plus grand fossé entre nous ; chaque fois qu'on en parlait, on finissait par se disputer. Maintenant, nous pouvons en parler calmement ; il me fait part spontanément de ses ressentis, et j'exprime mes inquiétudes. Cette communication est plus importante que n'importe quel médicament.

Ce n'est pas une fin, c'est un nouveau départ

Si j'écris tout cela, ce n'est pas pour dire que nous avons réussi, mais pour dire à ceux qui, comme moi, accompagnent un proche : ce chemin est difficile, mais il vaut la peine d'être parcouru. Chaque famille est différente, il n'existe pas de méthode universelle. L'important est de trouver un soutien professionnel adapté à sa situation, tout en gardant patience et espoir.

Si vous vivez une situation similaire, je veux vous dire : vous n'êtes pas seul. Vous pouvez commencer par vous informer, par exemple en consultant les ressources d'aide, ou en réalisant une évaluation avec votre famille. Le changement prend du temps, mais chaque pas compte.

Accompagner un proche dans le sevrage exige de la patience et des limites ; choisir une méthode adaptée et s'y tenir, c'est ce qui permet de voir des changements.

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