
Ceci est un récit d'expérience ayant fait l'objet d'une dé-identification, d'une évaluation des risques et d'un travail de mise en forme du langage ; le texte ne conserve ni l'identité de l'auteur d'origine, ni sa région, ni aucun détail identifiable.
Digne le jour, un autre homme le soir
Sur le chantier, il s'exprimait avec élégance, se montrait courtois, généreux et loyal, et sa conversation laissait transparaître une culture profonde qu'il ne pouvait dissimuler. À 50 ans, son corps portait pourtant les marques d'une vie usée par les épreuves. Personne n'aurait imaginé qu'un homme si respectable puisse se transformer en un autre être dès qu'il levait son verre.
Une fois l'alcool monté à la tête, il ne s'arrêtait qu'une fois son corps engourdi. Il répétait sans cesse « je ne suis pas ivre », et dans la rougeur de ses yeux se lisait une fatigue qui ne pouvait ni pleurer ni rire. Les autres ne faisaient que le traiter d'alcoolique et de fauteur de troubles, mais personne ne lui demandait pourquoi il dépensait son argent pour s'anesthésier avec l'alcool.
Le plus dur, c'est de ne pas savoir quand cela se reproduira
Lorsqu'il était sobre, il disait souvent « j'ai eu tort », comme si rien ne s'était passé. Mais la fois suivante, la même scène se répétait. L'alcool l'avait rendu comme une plante privée de ses racines — sans soutien, sans direction, il ne pouvait que retourner sans cesse à son verre.
Les médecins lui avaient depuis longtemps conseillé d'arrêter de boire. Mais pour lui, l'alcool fort n'était pas un simple plaisir : c'était la seule issue par laquelle il pouvait évacuer ses émotions. Les conflits déchirants de sa famille d'origine, une vie entière d'errance sans attaches, toutes ses rancœurs et ses pensées les plus intimes, il ne pouvait que les enfouir au fond de lui, sans personne à qui les confier, sans endroit où les déposer.
Le désespoir derrière « la vie n'est que cela »
Il avait souvent à la bouche l'expression « la vie n'est que cela ». Ce n'était pas une lucidité sur le monde, mais un désespoir absolu. Il disait avoir depuis longtemps fait fi de la vie et de la mort, que même s'il venait à mourir accidentellement loin de chez lui, cela lui était égal, que tous les horizons étaient des chemins de retour.
Mais qui pourrait comprendre que le « cela m'est égal » d'un travailleur au bas de l'échelle est le désespoir d'un homme dont la vie a émoussé toutes les attentes ? Dans les néons de la ville, aucune lumière ne brillait pour lui à son retour tardif. À Shaoxing, les immeubles s'élèvent de plus en plus haut, et chaque brique, chaque tuile renferme leur sueur.
Non pas une déchéance, mais une maturité trop tardive
Ils ne sont pas en train de sombrer ; ils ont simplement mûri trop tard, étouffés par le poids de la vie. Après avoir lutté de toutes leurs forces toute une vie, il semble que la vie ne les ait jamais traités avec douceur.
Ce n'est pas l'histoire d'un seul homme. C'est le reflet de dizaines de millions de travailleurs au bas de l'échelle. Leur douleur se cache dans les verres des nuits profondes, dans les baraquements de chantier loin de chez eux, dans les coins que personne ne voit. Quand la vie n'offre aucune issue, le verre devient le seul refuge.
Mais le problème, c'est que le refuge peut aussi devenir une prison. Le soulagement éphémère apporté par l'alcool peut se solder par une impasse encore plus profonde — la santé qui se dégrade, les relations qui se déchirent, et jusqu'au dernier lambeau de dignité qui est englouti par les excès de l'ivresse.
Si vous ou un membre de votre famille vivez une situation similaire, vous pouvez consulter le guide de soutien aux proches pour comprendre comment trouver une véritable voie d'aide, sans porter de jugement.
Derrière les problèmes d'alcool se cachent souvent des pressions de vie invisibles et l'absence d'un exutoire émotionnel.